LE TRANSPORT
COMBINÉ
BLOQUÉ À LA STATION SNCF
"Si la SNCF savait faire du transport
combiné rail-route, ça se saurait. Regardez où on en est
: un tiers du transport routier concerne des distances supérieures à
500 km, ou le combiné est rentable, et nous avons que les miettes de
ce marché".
Jean-Claude Brunier président
directeur général de TAB sait de quoi il parle, Le petit monde
du transport combiné, qui est censé sauver nos poumons voire la
planète du bitume et du diesel, est dominé par la SNCF : les cheminots
tirent les trains CNC et Novatrans, opérateurs liés au service
public, possèdent les wagons et achètent les "sillons"
de circulation... "Le système est consanguin", poursuit
Jean-Claude Brunier.
Jusqu'à
ce que TAB apporte un peu de sang neuf.
Cette entreprise Montpelliéraine de 140 employés est en effet
depuis l'année le premier opérateur privé de transport
combiné en France : "L'essentiel de nos flux transite par la
vallée du Rhône vers le nord de la France. Mais nous avons lancé
en tant qu'opérateur un train qui part tous les jours pour Milan d'une
plate-forme que nous avons construite en région parisienne, explique
Jean-Claude Brunier. En 2002, nous pensons doubler la fréquence".
Ces convois qui parcourent 900 km
dans chaque sens en une nuit, affichent complet. Plus étonnant, ils sont
affrétés par la grande distribution et les pachydermes de la vente
par correspondance, réputés intraitables sur les délais
: "Quand le transport combiné est bien organisé, il est
bien plus efficace et plus rentable que la route, martèle Jean-Claude
Brunier, j'ai des trains qui partent à 18 heures de Lille et qui arrivent
à 6 heures à Avignon. De là, la caisse mobile est mise
en une minute sur un camion et nous pouvons faire une tournée client
par client, sans rupture de charge.... c'est imbattable".
Un argument bien compris par Jean-Claude
Gayssot, ministre des Transports, qui veut doubler le fret ferroviaire d'ici
2010. Bien compris aussi par un géant comme Vivendi, qui a pris une participation
dans TAB. Reste une question : pourquoi
le transport combiné ne se développe-t-il pas plus ? Pour Jean-Claude
Brunier, cela s'explique par la situation du fret ferroviaire, où l'on
n'a pas investi depuis trente ans, et par la "culture" de la
SNCF. "En septembre, 25% de mes trains avaient un jour de retard,
soupire-t-il, soit il n'y a pas de locomotives, ou pas de conducteurs, ou
une grève.... comme la SNCF a le monopole, elle fait ce qu'elle veut".
Un pouvoir qui s'est encore manifesté
lorsque TAB a voulu bâtir une plate-forme-de-transport
combiné à Beaucaire, avant de renoncer à ce projet car
la SNCF ne proposait qu'un "sillon" pour Paris affichant une vitesse
moyenne de 45 km/h : "On a fait des études pur faciliter leur
implantation, mais on n'allait pas prendre des sillons à CNC ou Novatrans,
avec qui nous travaillons depuis longtemps", se souvient le directeur
régional du fret SNCF. "Tout est verrouillé",
commente Jean-Claude Brunier.
En attendant la ligne mixte TGV fret
qui contournera Nîmes et Montpellier n'a toujours pas financement précis,
malgré une ouverture fixée à 2008. Le plan Etat-région,
qui programme les investissements, jusqu'en 2006, prévoit 2,7 milliards
pour la route.... contre seulement 400 millions pour le fer (dont 200
pour la ligne Béziers-Neussargues).
La première lueur annonçant
la sortie du "tout camion" viendra peut-être en 2003, grâce
à l'Europe qui a imposé la libéralisation du fret ferroviaire
sur des corridors transeuropéens. "C'est une première
étape pour que chacun fasse son métier : les infrastructures ferroviaires
pour RFF, la traction des trains pour la SNCF, le reste au privé....
et il y a du travail", conclut Jean-Claude Brunier.
Dossier :
Frédéric FAUX
Midi-Libre : 20 Novembre 2001
|
Subventions
Qui est contre le transport
combiné rail-route ? Personne. Le gouvernement a même débloqué
500 millions de francs en 1999 pour le soutenir. Le hic, c'est
que cet argent, qui devait transiter par la SNCF, TAB
n'en a pas vu un centime. A ce sujet, le quotidien Libération a
révélé début septembre que cette enveloppe
aurait servi à financer les 35 heures dans l'entreprise ferroviaire
! Heureusement, une bonne nouvelle est venue de Bruxelles sous la forme
d'une subvention de 600 000 Euros accordée à TAB
"malgré un lobbying énorme de nos concurrents",
précise Jean-Claude Brunier.
|
|
Ferroutage
Pas rentable
?
Il ne faut pas confondre transport
combiné rail-route, ou l'on fait voyager des caisses mobiles par
le train, et le ferroutage, qui consiste à mettre sur des wagons
l'ensemble du camion, avec son conducteur. Pour Jean-Claude Brunier, PDG
de TAB, cette dernière solution
est "une hérésie économique" : "Vous
immobiliser du matériel, vous payez les chauffeurs pour rien, vous
devez construire des tunnels spéciaux, vous surchargez les trains... Même pour la traversée de la Manche ou des
Alpes, il aurait été bien plus simple de charger des caisses
sur les trains".
Un avis partagé par Léo Médina, professionnel du
transport routier installé à Perpignan, qui met aujourd'hui
40% de ses fruits et légumes sur le rail : "Le seul
avantage, concède-t-il, c'est de libérer le réseau
routier, mais économiquement, ce n'est pas intéressant".
|
|
Un Exemple
Concret
Prix de revient comparé
d'un transport de 20 tonnes de marchandises de Paris à Montpellier,
par la route ou par transport combiné rail-route.
Par la route : 5058 Frs le voyage, soit 6,46 F / km
Par combiné rail-route : 4910 Frs le voyage, soit 6,27 F
/ km
Location d'une caisse
mobile et d'une traction routière au départ et à
l'arrivée incluses.
|
|
En chiffres
Le Fret
en France....
70 millards de tonnes kilomètres (Mtk) : C'est ce qu'acheminait
le rail français il y a trente ans.
44 Mtk : Le creux de la vague en 1993.
55,4 Mtk : Le fret ferrovaire en 2000 dont 13,8 Mtk acheminés
par transports combinés.
Moins 8 % : La baisse enregistrée dans les 8 premiers mois
de 2001.
Objectifs : Malgré cette rechute le ministre des transports
a fixé l'objectif 2002 à 60 Mtk, pour atteindre 100
Mtk en 2010.
.... et
dans la région
En 2000, quelque 4,9 millions de tonnes de fret sont passés
sur les voies ferrées de la région dont 1,78 million
de tonnes pour l'ensemble des techniques de transport combiné.
On prévoit cette année 500 000 à 600 000 tonnes
de moins, l'essentiel de la perte venant du trafic franco-espagnol.
|
TAB-BSH : Transport Combiné pour la route
Transport Combiné : Du bon et du moins bon
Transport Combiné : TAB sur la voie de la progression
Le Transport Combiné : un service aux Entreprises
Le Transport Combiné bloqué à la SNCF
La logistique pour prospectives
Locomotive du rail-route
TAB développe une plate-forme logistique à Saint-Thibéry
Jean-Claude Brunier prend le pouvoir
TAB ou la "volonté de fer"
Le GNTC attend impatiemment la libéralisation
Les requêtes du nouveau président
Bonneuil - Marseille par T3M
Le GNTC met la pression
Le GNTC exige un service de qualité
Quelle recomposition pour le fret ferroviaire ?
L'A 75, artère et sang neuf pour l'économie régionale
Un plan gouvernemental de plus
A la recherche d'un transport « clean »
Le site sètois convoité
3 questions à Jean-Claude Brunier
Le transport combiné relève la tête
La ligne Paris-Marseille 6 fois par semaine
Le duo complémentaire
Une aventure partie sur de bons rails
Spécialisation ou diversification
accueil
|